Pour son entrée en lice dans les éliminatoires de la CAN 2027, le Bénin ne voyage pas seul avec sa jeune génération. À Ouagadougou, deux anciennes figures du football béninois, David Fêliho et Léon Bessan, accompagnent les Guépards. Deux parcours, deux époques et deux histoires différentes qui se retrouvent aux côtés de la sélection actuelle pour transmettre leur expérience et faire le lien entre plusieurs générations.
Fêliho, mémoire d’une génération de sacrifices
David Fêliho appartient à cette génération des années 1970-1980 qui a connu un football béninois encore éloigné des conditions actuelles. Ancien milieu relayeur des Écureuils et joueur des Caïmans du Zou, il garde le souvenir d’une époque où porter le maillot national relevait avant tout de la passion.
« Autrefois, on jouait pour l’amour de la patrie, mais aujourd’hui, l’argent a pris le pas sur le courage. En notre temps, on jouait gratis », raconte l’ancien international.
Né à Niamey et originaire d’Adandokpodji à Abomey, Fêliho a dû batailler pour imposer son choix de devenir footballeur. Son père, Raphaël, agent à la Régie du Niger, soutenait discrètement sa passion et lui rapportait notamment des ballons de Niamey.
Son histoire avec la sélection nationale débute à la fin des années 1970. Alors qu’il est encore élève en classe de quatrième, il profite de l’absence d’un titulaire pour se faire remarquer.
« À l’époque, alors que j’étais encore élève en classe de quatrième, le titulaire du milieu de terrain était malade. L’entraîneur m’a alors donné ma chance pour un match contre les Requins. J’ai saisi cette opportunité et réalisé une bonne prestation. À l’issue de cette rencontre, l’entraîneur national m’a remarqué et m’a convoqué en équipe nationale », se souvient-il.
1979, un souvenir particulier face à la Haute-Volta
À la veille de Burkina Faso - Bénin, David Fêliho replonge naturellement dans ses souvenirs. Il se rappelle notamment une confrontation contre la Haute-Volta, l’actuel Burkina Faso, lors du Tournoi du Conseil de l’Entente, le 26 octobre 1979 à Abidjan.
« Le Bénin l’avait emporté par 2 buts à 1 devant le président Félix Houphouët-Boigny et son ministre Laurent Dona Fologo. J’avais marqué l’un des buts béninois », raconte-t-il avec émotion.
L’ancien milieu de terrain évoque également plusieurs figures qui ont compté dans son parcours, notamment feu Damien Folly et Flavien Soudé, dont l’influence a contribué à développer chez lui le goût de l’animation du milieu de terrain.
Près de cinq décennies plus tard, Fêliho a changé de rôle. Il n’est plus sur le terrain, mais son expérience accompagne désormais les jeunes Guépards.
« Mon premier conseil est d’avoir du courage et de ne pas avoir peur de l’adversaire. Les joueurs adverses ont deux pieds, deux bras et un cerveau comme nous », lance-t-il.
Il appelle toutefois les internationaux béninois à ne surtout pas sous-estimer les Étalons.
Bessan, témoin de la génération 2004
À ses côtés, Léon Bessan incarne une autre époque du football béninois. Ancien attaquant des Écureuils, il appartient à la génération qui a qualifié pour la première fois le Bénin à une phase finale de CAN, en 2004 en Tunisie.
Cette génération a connu une évolution importante de l’environnement du football béninois : les premiers grands hôtels, la présence de journalistes étrangers et, surtout, l’hymne national béninois joué lors d’une compétition internationale.
En 2003, le groupe avait écrit une page historique en décrochant la qualification après son parcours face à la Tanzanie, à la Zambie et au Soudan. Léon Bessan, qui a participé aux campagnes des éliminatoires des CAN 2004, 2008 et 2010, voit aujourd’hui des similitudes avec le défi qui attend la nouvelle génération.
« Les jeunes sont déterminés et je pense qu’ils vont qualifier le Bénin comme nous l’avons fait en 2003 en qualifiant notre pays pour sa première CAN », estime-t-il.
L’ancien attaquant rappelle également que le parcours de 2004 avait commencé par les tours préliminaires face à la Mauritanie en 2002, avant l'accession à la phase de groupes.
« À vous de ne plus jamais la refermer »
À Ouagadougou, Léon Bessan veut transmettre aux jeunes Guépards la confiance née de l’expérience des anciens. Selon lui, la sélection actuelle dispose des moyens, du talent et de la préparation nécessaires pour défendre ses chances.
Mais l’ancien international insiste sur la nécessité de rester exigeant, notamment dans les domaines physique et tactique.
Son message aux jeunes est particulièrement symbolique :
« Ne vous contentez pas de participer. Nous avons ouvert la porte en 2004, à vous de ne plus jamais la refermer. »
Bessan assure également que les anciennes générations restent derrière les joueurs actuels : « Nous sommes de cœur avec eux et ils vont réussir. »
Une histoire qui relie 1979, 2004 et 2027
De David Fêliho à Léon Bessan, jusqu’aux Sessi d’Almeida, Marcel Dandjinou et leurs coéquipiers, trois générations se retrouvent ainsi autour du même objectif : permettre au Bénin de retrouver la CAN.
L’un apporte la mémoire d’un football marqué par les sacrifices, l’autre celle de la première qualification historique, tandis que la génération actuelle doit désormais écrire son propre chapitre.
À Ouagadougou, les Guépards auront donc aussi avec eux une part de l’histoire du football béninois. Avec les souvenirs de 1979, l’héritage de 2004 et l’ambition d’une nouvelle qualification en 2027.




